Dernier épisode de ninie345-fic qui clot la fiction
Lorsque les efforts sont récompensés (2/2)
Mercredi 16 Juin.
Un jour comme les autres pour la plupart des habitants de Madrid. Les rues étaient remplies d'autant de véhicules qu'à l'accoutumée, les boutiques avaient ouvertes leurs portes depuis plusieurs heures déjà, les passants arboraient des tenues légères en adéquation avec le temps, les places publiques se remplissaient et se libéraient ; une banalité qui n'étonnera personne.
Cependant, dix-sept jeunes personnes s'étaient réveillés ce matin avec cette sensation que les choses allaient commencer à prendre un autre tournant dans leur vie. Certains n'avaient même pas fermé l'oeil de cette nuit de courte durée. Cette journée de Juin représentait beaucoup pour eux, un enjeu de taille sur leur avenir. Lorsqu'ils étaient arrivés petit à petit jusqu'à un endroit qui leur était bien connu et devenu si cher à leur yeux leurs pas se faisaient pressant même si un certain poids qui pesait sur leurs épaules semblait les ralentir. Ils ne poussaient plus les imposantes portes de l'école des arts de la scène avec l'enthousiasme présent ou pas d'étudier, mais avec la ferme intention de ressortir avec un bout de papier en main. Un simple papier, mais qui représentait tant pour eux... Ils savaient aussi qu'à présent les dès étaient jetés, ils ne pouvaient plus rien faire, seulement attendre patiemment la sentence de leur parcours.
Chacun de ses apprentis danseurs, chanteurs ou acteurs s'étaient rassemblés dans la salle du théâtre, cette même salle qui leur avait permis de commencer l'aventure. À présent ils espéraient qu'elle leur permettraient de la terminer en beauté.
Même si le lieu de rendez-vous se déroulait dans cette salle, trois jeunes femmes se tenaient à l'extérieur, l'une adossée contre le mur, les deux autres assises les jambes croisées à ses côtés.Lola: Vous partirez deux semaines en Tunisie?
Silvia, hochant la tête: On ne peut pas se permettre plus, car Roberto ne veut pas trop abandonner Sergio cette année. De toute façon on n'aurait pas eu plus de temps à disposition...
Ingrid: C'est vrai que Monsieur doit travailler les chansons de son album.
Silvia, souriant: Je suis si contente qu'il ait des projets.
Ingrid, opinant: Ouais, c'est le genre de truc qui te remonte le moral, de te dire que ta carrière débute.
Silvia: Ce n'est pas plu mal d'approfondir ses connaissances.
Ingrid, riant: Tu n'es pas obligé de défendre mon choix! Evidemment que je vais en apprendre des choses à Paris... Seulement recevoir une proposition alléchante ici à Madrid ne m'aurait pas non plus dérangée...
Lola: C'est sûr que j'aurais moi aussi appréciée détenir un papier signé de main propre représentant mon contrat... Mais ça prend du temps...
Les trois amies se turent, sans doute plongées dans les diverses perspectives de leur avenir à la fois prochain et lointain. Lola décroisa les jambes, ses long cheveux noirs attachés délicatement à l'aide d'une broche posés contre le dossier de la chaise sur laquelle elle se tenait. Elle déposa ses mains sur le fin tissu de sa jupe aux couleurs estivales, réalisant tout ce qu'elle allait inévitablement devoir quitter.Lola, tentant de rendre sa voix neutre: Vous vous souvenez de notre tout premier jour ici?
Ingrid, souriant: Plutôt oui! Je me souviens des moindres détails de ces moments assez angoissants dans l'ensemble... Je peux même te dire que je suis arrivée en vélo!
Elle se sourit intérieurement, constatant les changements qui s'étaient opérés en elle depuis son entrée dans cette école. Jeune femme là pour des conquêtes et s'amuser, elle avait fini par comprendre qu'il fallait davantage se concentrer sur ses études et faire preuve de détermination si elle voulait réussir. Ces cinq années de cours lui avaient apportés beaucoup, que se soit en connaissances qu'en expériences. Sa relation avec Juan lui avait fait ouvrir les yeux sur les attitudes à avoir avec un compagnon, elle s'en rendait compte à présent. Juan lui avait enseigné indirectement les petits indices qui préparaient une rupture ainsi que ce que signifiait aimer avec un grand "a". Oui, elle l'avait aimé, et même s'il avait tout gâché et ne l'intéressait plus, elle ne pourrait jamais oublié les moments passés à ses côtés.Silvia, perdue dans ses pensées: Je me souviens de mon manque d'assurance, ça ne m'était encore jamais arrivé... Je m'étais toujours orienté vers la danse, et là je la mélangeais avec du théâtre et du chant! En plus ma tante n'avait pas manqué de me mettre la pression...
Ingrid et Lola notèrent au même instant l'absence de rancoeur dans les propos tenus par leur amie en parlant de sa tante.Ingrid, réajustant l'une de ses couettes tirées vers l'arrière de la tête: Tu as bien fait de quitter cette école à New-York. Tu viens de comprendre qu'une carrière de ballerine ne t'intéressait pas, alors imagine, comment aurais-tu pu le découvrir sans tout cet environnement?
"Et sans Roberto", songea Silvia. Lola: Je suis ravie en tout cas que tu ne te prennes pas la tête pour ces histoires d'avenir. Se jeter sur n'importe quel proposition ce n'est pas très intelligent.
Silvia, acquiesçant: J'attendrais le temps qu'il faudra pour trouver un contrat qui me convienne.
La jeune femme racla le sol de ses talons, qui étaient aussi noirs que l'étaient ses chaussures et sa robe élégante et taillée sur mesure. Il s'agissait de celle que lui avait offert sa tante après l'une de ses représentations de l'époque et elle la portait lors des occasions qui méritaient d'être gardé en mémoire.Ingrid: Il faut quand même préciser qu'on a pratiquement enfreint toutes les règles de l'établissement! Enfin, en ce qui me concerne.
Silvia, riant: Tu as bien fait de rajouter cette dernière phrase! Personnellement je trouve que je me suis assez bien comportée...
Lola: Je n'ai rien non plus à me reprocher!
Ingrid, haussant les sourcils: Et qu'est-ce que tu fais du nombre de fois où on a fait le mur, de nos petites soirées en cachette, de...
Lola: D'accord! Je suis peut-être devenue moins sage qu'avant...
Ingrid, lui faisant un clin d'oeil: Je dirais plutôt plus femme qu'avant!
Silvia: Et un peu moins calme qu'avant!
Les jeunes femmes rigolèrent, donnant l'impression qu'un cercle invisible les tenaient à l'écart du court du temps, les retenant attachées à leurs souvenirs.
Juan passa tout près de leur emplacement, des papiers à la main. Il s'arrêta un instant, observant sans grande discrétion la jupe en jeans d'une taille excessivement courte et le haut rouge moulant d'Ingrid qui riait toujours aux éclats suite au commentaire amusant de Lola. Lorsqu'elle se détacha du souvenir qui lui semblait si près d'une Lola déchirant avec effroi la robe qu'elle lui avait prêtée, la belle rousse détourna le regard et croisa celui de son professeur. Ils s'échangèrent un bref coup de tête en signe de bonjour, mais Juan, après avoir hésité plusieurs secondes, prolongea son geste pour l'inviter à le suivre.
Hésitant à son tour, Ingrid finit par prévenir ses amies de son départ imprévu et sans doute de courte durée, suivant Juan jusque dans sa salle habituelle, celle de musique.Juan, déposant ses feuilles sur son bureau pour une fois bien rangé: Je ne vais pas te retenir très lontemps, seulement je pense sans doute que j'ai plus de chance de pouvoir te parler avant la remise des diplômes. Si tu l'obtiens tu vas foncer fêter ça avec les autres, et je ne t'aurais pas croisé.
Il émit une pause, Ingrid l'observant dans un silence où se mêlait de la curiosité et un certain respect tout neuf.Juan, reprenant: Je ne te dis pas si tu as ton diplôme, tu le découvriras bien assez tôt. Je voulais juste... profiter de ce dernier instant où je suis professeur et toi élève pour te féliciter. Tu as su défendre ta place dans cette école, tu as su progresser là où tu rencontrais des problèmes, tu as su faire les bons choix... Et quelques fois des moins bons, mais peut importe. Tu étais une de mes meilleures élèves dans mon cours, ça doit quand même être précisé. J'ai eu beaucoup de plaisir à travailler avec toi, quand je t'avais en face de moi parmi tous tes camarades et durant mes cours privés. Je voulais aussi te dire... Je voulais m'excuser, parce que c'est bien la dernière occasion que j'ai de la faire. On a passé de merveilleux moments ensemble, je n'avais jamais eu autant de chance avec une autre femme, mais j'ai stupidement tout gâché. J'ai pas su réaliser que mes conneries allaient nous séparer, j'étais aveugle, oui, un gars aveugle et sourd quand tu me prévenais de ce qui risquait d'arriver. Ce que je veux te dire, c'est que tu mérites quelqu'un de bien, quelqu'un qui sache bien te traiter et qui évite de faire les mêmes erreurs que moi... C'est ce que je te souhaite Ingrid.
La jeune femme avait penché la tête sur le côté, comme si elle tentait de maîtriser son comportement. Des larmes vinrent tout de même embuées ses yeux noisettes, et un léger sourire se dessina sur ses lèvres qui s'étaient crispées afin de préserver son émotion. Elle déposa avec douceur sa main droite contre la joue piquante de Juan, le regardant dans les yeux. Celui-ci lui sourit à son tour, serrant sa main levée dans la sienne. Il restèrent ainsi un instant durant ; tout avait été dit.Lorsque la célèbre directrice fit son entrée dans la salle du théâtre, un silence pesant s'installa, où l'on sentait chez chacun le soucis de bien se comporter pour cette ultime réunion.
Carmen Arranz monta avec élégance les quelques marches qui accédait à la scène, déposant sur la longue et rigide table grise les diplômes des élèves. Le blanc immaculé des papiers attisait le regard, augmentant l'envie dérangeante de courir le retourner pour y lire les inscriptions. Chacun espérait dans son subconscient qu'un de ses bouts de papiers comportait leur nom et prénom, et chacun remarqua non sans une certaine angoisse saisissante qu'il y avait un nombre inférieur de diplôme comparé aux nombres d'étudiants terminant tout juste leur cinquième et dernière année.
Les professeurs arrivèrent petit à petit, prenant place en face du meuble qui servait de support aux éléments clef de cette cérémonie. Juan entra le dernier, fidèle à ses mauvaises habitudes. Antonio prit soin de fermer les portes de la salle dès que tout le monde fut présent, évitant ainsi les coups d'oeil curieux des autres degrés venus exprès pour féliciter—ou consoler—les élèves concernés.
Ayant remplis les premières rangées des sièges, les élèves impliqués n'échangèrent aucune parole encourageante ou angoissée, se contentant d'établir des statistiques dans leur tête, à l'abri des oreilles indiscrètes.
Lola se mordit la lèvre supérieur, son coeur battant plus fort plus le temps avançait. Elle ne se souvenait que trop bien de sa première fois, cet instant où elle se tenait sur cette même scène qui était à présent occupée par une lignée de professeurs. Son geste se répéta, refermant sa main droite sur sa croix, l'embrassant en fermant les yeux, songeant inévitablement à sa mère dont elle sentait la présence rassurante à ses côtés.
Roberto gardait son coude posé sur le dossier du siège de son voisin, dégageant un sentiment d'assurance déconcertant. Cependant, bien que son regard fier restait permanent sur son visage, son esprit était préoccupée par une possibilité à la fois troublante et humiliante pour sa personne. L'hypothèse de ne pas correspondre aux heureux élus n'échappa pas à M.Arenales, qui avait suffisamment acquis en maturité pour savoir qu'il n'était pas le meilleur de sa volée.
Ingrid avait la tête appuyée contre la paume de sa main, le regard perdu devant elle. Devoir remettre à plus tard son école française pour cause de recalage la démangeait, consciente qu'elle devrait faire un choix qui était loin d'être minime. Après des minutes d'hésitation, son coeur et son esprit s'étaient mis d'accord ; "J'irai à Paris quoi qu'il arrive", se dit-elle. Elle voulait aller de l'avant, coûte que coûte.
Silvia cessa un instant de contempler sans les voir ses ongles vernis. Comme à l'accoutumée, la jeune femme garda la maîtrise d'elle-même. Elle posa sans réellement le vouloir ses yeux sur sa tante qui, après avoir remis son ensemble en place, communiqua à l'aide de signes discrets avec Carmen. Alicia lui fit montée une bouffée
de satisfaction encore jamais ressentie qui la fit même sourire. Cette école était symbolique dans sa réussite ; elle représentait son parcours en tant que jeune femme indépendante qui avait pris ses décisions seule et sans contraintes.Roberto, fronçant les sourcils: Pourquoi tu souries autant?
Silvia haussa les épaules avant de l'embrasser sous son regard surpris et amusé
La directrice échangea un regard entendu avec ses collègues qui avaient tous opté pour une position droite, les mains regroupées en avant. Carmen Arranz se râcla la gorge, s'approchant du micro réglée à sa hauteur.Carmen, d'une voix diplomatique: Chers élèves... Aujourd'hui marque la fin de votre parcours dans l'école des Arts de la scène, école qui, du moins je l'espère, vous a permis de vous former en danse, en chant, en théâtre et en musique. Et cela grâce à vos indispensables professeurs!
Une salve d'applaudissement se fit entendre dans la salle sous les sourires de remerciement des enseignants. Carmen, reprenant: Vous avez sans aucun doute connus des moments difficiles, des moments de déceptions, et des moments d'épuisements intenses... Sachez que chacun de ses instants pénibles vous ont rendus plus forts, ils vous ont rendus ce que vous êtes aujourd'hui.
La directrice fit une courte pause, prenant le temps nécessaire pour regarder une dernière fois ces jeunes personnes qui avaient habités son établissement durant plusieurs années.Carmen: Aujourd'hui, c'est la fin pour certains, un échec rattrapable pour d'autres. Je conseille évidemment à ceux qui auraient malheureusement échoués de recommencer leur dernière année, afin d'obtenir le diplôme sans faute l'année suivante. En ce qui concerne ceux qui vont inévitablement nous quitter.... Je vous souhaite—tout comme vos professeurs—de suivre une route réjouissante, même semée d'embûches, car les difficultés vous font avancées plus vite qu'on ne le croit. Si vous parvenez à atteindre un niveau glorifiant, comme notre Pedro Salvador, tant mieux pour vous. Mon souhait le plus cher? Que mon école vous ait permis de vous épanouir dans votre futur métier. C'est ce que j'espère pour chacun d'entre vous.
La directrice poussa un soupir faiblement perceptible avant de s'éloigner du micro, prenant place sur la chaise centrale, déclenchant le signal qui fit asseoir tous les enseignants à sa suite.Carmen, saisissant le micro qu'on avait détaché de son pied à son intention: J'appellerais chacun de vous dans un ordre défini. Vous vous approcherez de la table et attendrez que je vous donne votre diplôme ou vous annonce la triste nouvelle.
Un silence angoissant suivi ces derniers mots.Carmen, les yeux baissés sur une liste: Jéronimo Ruiz.
Jéro, sous les regards encourageants de ses camarades se releva de son siège et se dirigea, comme l'avait demandé la directrice précédemment, jusqu'à atteindre la table grise.Carmen, souriant: Félicitations, Jéronimo.
Le jeune homme saisit son diplôme, remerciant avec hâte sa directrice.
S'en suivit alors plusieurs passages d'élèves, dont certains se révélaient être pénible à entendre, suite à l'éclat de sanglots d'une élève recalée.Carmen: Lola Fernandez.
D'une démarche timide et légèrement tremblante, la jeune madrilène retint son souffle. Et lorsque cette surface blanche lui fut tendu, ses yeux s'embuèrent et elle alla embrasser Carmen, les mains encore tremblantes. Ingrid dut se lever lorsque Lola retourna à sa place. Les deux amies s'échangèrent un regard rassurant, ce qui permet à Ingrid d'observer posément Carmen annoncer le verdict.Carmen: Je te remets avec plaisir ton diplôme. Bravo.
Sous le coup du soulagement brusque et intense, Ingrid éclata de rire, collant son trésor contre son visage. Carmen: Roberto Arenales.
Le concerné se redressa avant d'avancer d'une démarche assurée, ignorant les éclats de joie émis par quelques chanceux. Cependant, son euphorie fut bien plus volumineuse que celle des autres lorsqu'il reçut en main propre son diplôme. Carmen: Silvia Jauregui.
La jeune femme, bien habituée à cette démarche à effectuer tout en ressentant un poids pesé sur son estomac, se déplaça avec aisance. Lorsqu'elle arriva devant la table où seul trois diplômes reposaient encore, son regard se posa tout d'abord sur celui de sa tante. Elle lui souriait, comme si elle était sincèrement fière de son parcours.Carmen: Apparemment tu ne t'es pas trompée en entrant dans cette école. Tu as réussi.
Silvia prit délicatement cette chose tant espérée dans les mains, observant avec un sentiment de joie immuable les fines lettres tapées à l'encre qui révélaient son nom d'artiste. Le mot "Jauregui" disparut un instant de son esprit, remplacé par un "Arenales" qui lui semblait bien mieux approprié pour les années à venir.Plus tard, alors que tous les diplômes avaient été attribués, professeurs et élèves fêtaient cette victoire autour d'un apéritif improvisé par un Antonio ravi. Lola prenait le temps pour remercier chacun de ses professeurs, en particuliers celle de chant qui lui avait, selon elle, beaucoup appris au cours de cette année. Ingrid conversait avec Cristobal, se remémorant leur nuit d'amour éphémère qui les faisaient bien rire à présent. Silvia écoutait sa tante lui vanter ses mérites, le sourire aux lèvres. Jéro et Junior plaisantèrent sur la grande hésitation qu'ils avaient éprouvée avant d'entrer dans cette école. Roberto, un verre d'alcool à la main, souligna qu'il était tout de même l'un des élèves les plus prometteurs, sous les regards amusés d'Adela et Juan qui ne voulaient quand même pas admettre selon ses désirs qu'il était le meilleur.
Silvia avait fini par s'éloigner de sa tante qui parlait avec Carmen. La jeune femme venait de reposer son verre vide sur le bord d'une table, observant depuis son angle de vue ses camarades réjouis du verdict final. Elle se sourit à elle-même pour la énième fois en cette journée, les bras croisés. Elle se souvint des paroles prononcées par la directrice, qui, elle en était certaine, lui resteraient en mémoire jusqu'à la fin de ses jours.
"Tu as réussi", disait-elle. Oui, elle avait réussi. Et ses amis également.